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Assez des contresens sur l’apprentissage dans l’enseignement supérieur

Communiqué de presse

Paris, le 9 Février 2015

 

Communiqué de presse
Assez des contresens sur l’apprentissage dans l’enseignement supérieur !

 

L’idée de réserver l’apprentissage en priorité aux jeunes sans diplôme vient de nouveau d’être formulée dans un rapport de Pierre Cahuc et de Marc Ferrari pour le Conseil d’analyse économique ; elle repose sur un constat :

 

Deux jeunes sur trois entrant en apprentissage en 2011 avaient déjà un diplôme

contre un sur deux en 1992.

 

Ils en concluent donc que :

« L’apprentissage s’adresse en France de moins en moins aux jeunes peu ou pas diplômés. ».

Ce constat est exact mais il n’analyse pas les causes réelles de cette évolution :

 

  • D’abord, ce n’est que depuis 1987 que les diplômes de l’enseignement supérieur peuvent être préparés par l’apprentissage.

 

  • Cette évolution durant la période signalée n’a donc rien d’étonnant. Il faudrait aussi examiner quelle est, dans cette nouvelle population d’apprentis, la part des  » BTS », ces formations courtes offrant souvent une possibilité de poursuite d’études pour des jeunes issus de familles modestes.

 

    • Enfin, le même rapport précise que la part des diplômés de l’enseignement supérieur est désormais de 14 %, ce qui reste un pourcentage faible, voire très faible. Car, dans le même temps, deux autres évolutions se sont produites :
      • Les entreprises ont relevé le niveau de recrutement -et, sans entreprise, il n’y a pas d’apprentissage- ce qui a eu pour effet induit de relever leur niveau d’entrée en apprentissage.

L’Etat a d’ailleurs encouragé cette évolution en rendant obligatoire pour les entreprises de plus de 250 salariés le recrutement d’au moins 5% d’apprentis.

Dans ces firmes, les besoins en qualifications ne sont pas les mêmes que dans les TPE ou dans les petites PME, ce qui a eu pour conséquence la recherche d’apprentis ayant déjà un premier niveau de diplôme.

Indépendamment de ces remarques, ce rapport est surtout critiquable dans la mesure où il reste prisonnier d’une représentation de l’apprentissage quelque peu archaïque, le réservant aux bas niveaux de qualification.

Il signale en outre que les moyens financiers de l’apprentissage ont augmenté de 50 % entre
2000 et 2012, laissant ainsi supposer que les jeunes en difficulté ont été privés des ressources qui auraient dû normalement leur revenir. Mais cette période correspond aussi à celle durant laquelle sous l’impulsion des régions, les effectifs ont connu une augmentation considérable.

Ce qu’il aurait fallu analyser, c’est que durant la même période, les ressources affectées aux lycées professionnels auraient dû diminuer (les jeunes étant présents dans les CFA, ils n’étaient plus comptabilisés dans les effectifs de ces établissements académiques). Mais, cela n’a pas été le cas, loin de là.

Certains syndicats de l’éducation nationale sont d’ailleurs conscients de cette question : ils ont demandé à Madame la Ministre d’agir afin de bloquer le développement de l’apprentissage. On ne peut en effet parler de l’apprentissage pour les jeunes non diplômés (le réservant par là-même à la préparation de diplômes de niveau cinq et de niveau quatre) en ignorant l’organisation des formations académiques de même niveau.

Les lycées professionnels disposent de moyens considérables (11 960 € en moyenne par élève) qui devraient être mis en priorité à la disposition des jeunes non diplômés, y compris en développant au sein des établissements l’alternance sous statut salarié, c’est-à-dire l’apprentissage.

Si la pédagogie de l’apprentissage et le statut de salarié sont efficaces pour les jeunes en difficulté, il est impératif qu’ils soient mis en œuvre au sein même des établissements de formation initiale pour éviter l’exclusion vers des CFA qui deviendraient, comme semblent le penser les auteurs du rapport, les structures d’accueil  » des mauvais « .

Une des raisons de la baisse des effectifs en apprentissage au niveau cinq et au niveau quatre réside d’ailleurs dans cette représentation négative de cette méthode de formation au sein de l’éducation nationale.

Les établissements essaient de garder les  » meilleurs  » et ils laissent à l’apprentissage ceux dont ils ne veulent pas. Ce phénomène est bien connu – il est d’ailleurs signalé dans le rapport – ; mais il y a une autre réalité dont il faut aussi tenir compte :

  • Les lycées professionnels ont de plus en plus tendance à garder les jeunes (au moins en début d’année) pour éviter des pertes d’effectifs susceptibles d’entraîner une diminution des moyens qui leur sont alloués.

 

  • Les familles font le plus souvent le choix d’orienter leurs enfants vers des études longues, ce qui a pour conséquence de diminuer le nombre d’entrants dans les filières professionnelles.

 

    • C’est une des causes les plus importantes de la diminution de la proportion de jeunes non diplômés en apprentissage : ils restent dans les lycées professionnels pour compenser – au moins partiellement- les pertes d’effectifs provoquées par l’orientation vers les filières longues.

 

Les auteurs signalent aussi la complexité de l’apprentissage mais ils oublient un des facteurs qui y contribue et qui ne relève pas de l’apprentissage lui-même mais de la place qui lui est assignée dans le système éducatif.

Pour envisager une amélioration de l’efficacité de l’apprentissage pour les jeunes en difficulté, il est donc nécessaire de mettre en place un pilotage commun pour les lycées professionnels et pour cette forme d’alternance. Car, quoi que dise le rapport, le système a un pilote et ce pilote c’est la Région. Les autres secteurs énumérés (chambres de commerce, branches professionnelles, partenaires sociaux, entreprises) sont dépendants de cette collectivité locale et des exécutifs élus qui la dirigent. Il serait donc logique que l’ensemble de la formation professionnelle de niveau cinq et de niveau quatre soit placée dans la compétence des régions.

Le rapport propose exactement l’inverse ; il envisage de limiter les compétences que les lois de décentralisation ont attribuées aux régions en matière d’apprentissage.

Pour cela, il envisage la création d’  » une instance nationale  » dans laquelle on retrouve évidemment le ministère du travail et le ministère de l’éducation nationale. Le caractère territorial de l’apprentissage est supprimé au profit de son caractère technico-administratif.

Pour les auteurs, ceux qui doivent négocier avec les branches et avec des entreprises sont évidemment les fonctionnaires et non les élus régionaux. On voit donc logiquement apparaître des  » agences de certification  » responsables du contrôle de qualité.

Les agences sont un des moyens utilisés actuellement pour enlever aux élus leurs responsabilités au profit des  » technocrates « . Dans le domaine de la qualité de la formation, il s’agit plutôt de réseaux de consultants utilisant le même vocabulaire sans aucune base objective, chaque mot pouvant revêtir plusieurs sens ; c’est un domaine dans lequel le jargon se substitue le plus souvent au concept et à la mesure.

Ce jacobinisme explicite du rapport n’a rien d’étonnant : dans l’esprit des grands corps de l’État – ou plus globalement des élites nationales-, les collectivités locales ne peuvent avoir de responsabilités réelles dès lors que les sujets sont stratégiques ; si l’apprentissage est un sujet intéressant, l’État doit s’en occuper et non les élus régionaux. La proposition d’assimiler les contrats d’apprentissage et les contrats de professionnalisation va dans le même sens : c’est un moyen détourné d’enlever aux régions le contrôle de l’alternance dans la mesure où les contrats de professionnalisation ne relèvent pas de leur compétence.

Dans quelques mois, les élections régionales pour des régions reconfigurées vont se
dérouler; elles seront précédées de débats et de votes au Parlement sur leurs compétences.

Il est nécessaire qu’une clarification ait lieu :

  • Les régions vont-elles conserver leur pleine compétence en matière d’apprentissage ?
  • L’apprentissage a-t-il sa place dans l’enseignement supérieur ou faut-il le réserver à ceux que le système scolaire exclut, malgré les moyens dont il dispose pour les former ?

L’apprentissage dans l’enseignement supérieur, notamment l’enseignement supérieur universitaire, ne s’est pas développé par hasard.

  • Il répond d’abord à un besoin des entreprises et des jeunes.
  • Mais, surtout, il s’est appuyé sur la très grande souplesse et la capacité d’adaptation des établissements d’enseignement supérieur :
    • service annualisé pour les enseignants,
    • possibilité d’organiser les cursus et les jurys en tenant compte de la nature des entreprises et en faisant participer des professionnels,
    • homogénéité entre les équipes préparant les diplômes nationaux et la délivrance elle-même.

Si la même progression n’a pas été observée à d’autres niveaux, c’est d’abord sur ces causes organisationnelles et structurelles qu’il faut faire porter l’effort.

L’enseignement supérieur a occupé une place que les autres acteurs du système éducatif n’ont pas voulu occuper.

Ce rapport intervient après de longs débats et de multiples négociations entre les pouvoirs publics et les acteurs concernés ; une loi a été votée ; tout un arsenal administratif est en train de se mettre en place.

On voit mal quel est l’intérêt d’ouvrir de nouveau la question de l’apprentissage dans l’enseignement supérieur, en laissant supposer qu’il est à l’origine de la diminution des effectifs des jeunes non diplômés.

Les régions ont fait leur travail; elles ont ouvert des formations en fonction des demandes des entreprises. Elles ont contrôlé la manière dont les flux financiers étaient orientés et utilisés. Beaucoup de jeunes déjà diplômés ont pu accéder à des diplômes de niveau supérieur tout en étant salariés.

Vouloir casser cette dynamique serait une erreur lourde de conséquences ; cette décision provoquerait des difficultés pour les populations concernées sans aucun bénéfice réel pour les jeunes exclus à ce jour de la formation.

Il reste pourtant du travail à faire ; l’enseignement supérieur n’a pas su construire des filières à partir d’apprentis issus de niveau de formation inférieur à celui qu’il dispense. Les barrières sont encore bien trop nombreuses et les passerelles favorisant les accès sont insuffisantes, voire inexistantes.

L’idée émise dans le rapport de diminuer les exigences pour l’apprentissage des disciplines générales est dès lors inacceptable. Non seulement l’apprentissage s’adressera à des « mauvais » mais en plus il préparera à des sous diplômes.

C’est exactement l’inverse qu’il faut préconiser : l’apprentissage dans l’enseignement supérieur a une mission à remplir ; c’est celle de faciliter l’accès à des formations de haut niveau à des jeunes qui ont suivi des parcours en alternance. Plutôt que d’envisager la disparition de l’apprentissage dans l’enseignement supérieur, il faut créer une obligation pour cette méthode de formation dès lors qu’elle est adoptée au niveau II ou au niveau I : celle de s’ouvrir à de nouveaux publics, d’origine académique très diversifiée. Mais, cela ne devient plus possible si les exigences des diplômes en apprentissage de niveau cinq et de niveau quatre ne sont plus les mêmes que pour les diplômes préparés dans un cadre plus académique.

On peut s’étonner que des experts reconnus comme le sont les deux auteurs se soient laissés enfermer dans des lieux communs faciles, en donnant à leur rapport une orientation négative. L’apprentissage n’a jamais été un parcours de formation réservé à ceux qui n’obtiennent pas de diplôme dans le cadre scolaire.

Il a pour premier objectif de fournir aux entreprises des salariés efficaces. Lui assigner comme seul objectif la formation des jeunes non diplômés revient à l’enfermer dans une image négative et donc à le priver de toute efficacité, notamment pour ceux à qui on voudrait ainsi le réserver.

 

Jean-Pierre Dudezert, Directeur Formasup Paris
Yves Cimbaro, Président ANASUP, Directeur Formasup ARL

 

Bureau ANASUP, L’Association Nationale pour l’Apprentissage dans l’Enseignement Supérieur fédère le réseau de 39
CFA du Supérieur (Universités et Grandes Ecoles) et représente plus de 35 000 apprentis du DUT aux Masters et Diplômes
d’ingénieur

Président : Yves Cimbaro, CFA-FORMASUP Ain-Rhône-Loire ;
Vice-Président : Laurence Bancel-Charensol, CFA SUP 2000 (Ile-de-France) ;
Vice-Président : Frédéric Sauvage, CFA-FORMASUP Nord-Pas de Calais
Vice-Président : Guy Bories, CFA EVE (Ile-de-France) ;
Trésorier : Valérie Cantat-Lampin, CFA FORMASUP-Paris ;
Trésorier Adjoint : Gilles Mirambeau, CFA ESR Poitou-Charentes ; ESRPC
Secrétaire : Yves Esteve, CFA- FORMASUP Epure Méditerranée ;
Secrétaire Adjoint : Danielle Sionneau-Lacau, CFA- FORMASUP Epure Méditerranée

 

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